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Etats de pensée, états émotionnels
Leurs manifestations corporelles
Une pensée suspendra ou ralentira un geste, imprévisible elle arrêtera sur le champ une action, interrompra la régularité respiratoire et mettra en jeu (par exemple) une tension particulière dans tel ou tel groupe musculaire.
"A quoi voit-on que quelqu'un est en état de pensée ?" Nos actions quotidiennes peuvent être suspendues, accélérées, bloquées par la pensée. Claire Heggen et Yves Marc nous donnent à voir la "petite musique" de la pensée qui en colore les états. Parfois, les gestes échappent à la conscience sous l'effet d'un état de pensée profond. Le corps s'engage alors dans un jeu d'attitudes inattendues, déraisonnables, absurdes.
La recherche sur la théâtralité du mouvement a conduit tout particulièrement Yves Marc à s'intéresser aux états de pensée et aux états émotionnels, comme composante essentielle du jeu de l'acteur. Qu'en est-il donc pour l'acteur de mouvement et les implications corporelles de ces états.
En 1994 autour du spectacle Siège avec les acteurs du Théâtre du Mouvement et à partir de 2001 le groupe Alba composé de jeunes professionnels du théâtre, de la danse et du mime sous la direction de Yves Marc se sont intéressés à ces questions.
Il s'avère que chaque état émotionnel ou de pensée a une inscription corporelle profonde. Ils convoquent fortement les fondamentaux corporels tels que la respiration dans ses composantes rythmiques (musicales) et anatomiques (lieu respiratoire), le regard (focus, orientation, intensité), la tonicité (jeu des tensions, relachements des muscles profonds), la posture, les autres contacts (dans leur rythmicité, leur dynamique et leur lieu).
Ces états peuvent altérer les actions quotidiennes, la marche, voire même tout mouvement en général. Une pensée suspendra ou ralentira un geste, imprévisible elle arrêtera sur le champ une action, interrompra la régularité respiratoire et mettra en jeu (par exemple) une tension particulière dans tel ou tel groupe musculaire. Le travail de recherche a conduit tout naturellement les acteurs à repérer la plus grande partie de ces manifestations corporelles au cours d'états de pensée (rêverie, pensée conflictuelle, obsession, chaos etc...) ou émotionnels (peur, joie, tristesse, colère, tendresse...) divers.
Ces signes corporels, la plupart du temps observables par un oeil extérieur ont fait l'objet de véritables trainings pour l'acteur, une sorte de boite à outils psycho-physique sensible où par la justesse du positionnement reperé des fondamentaux corporels l'acteur a accès à tel mode intérieur et psychologique émotionnel de pensée.
A partir de cette reconstruction à effet de réel, les recherches ont conduits les acteurs à une approche non réaliste et extra quotidienne de ces états dans un mouvement agrandi, un corps engagé et improbable, rejoignant à certains égards une forme d'abstraction lyrique, d'absurde ou de poésie gestuelle. Ce travail s'est prolongé dans le jeu de construction de personnages, dans une manière d'écriture musicale de la mouvance intérieure, dans une organisation sensible de ces états dans l'espace scénique, dans des jeux relationnels de contacts, de portés ou de manipulations.
Cette recherche a mis tout particulièrement l'accent sur le dialogue intérieur entre impression et expression nous rappelant si besoin était le caractère indissociable et simultané de ces deux versions du même phénomène :
Je vois un ours, je tremble, j'ai peur
Je vois un ours, j'ai peur, je tremble
Si je sais comment trembler, je connaîtrai mieux ma peur...
Publié le 2005-12-10
Source Texte : Théâtre du Mouvement (http://www.theatredumouvement.com)
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Source Artishoc : Théâtre du Mouvement - http://www.theatredumouvement.com
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